Home 9 Physiologie 9 Stress chez le cheval : quels impacts sur la santé et la performance ?

La notion de stress a été introduite en médecine humaine par le docteur Hans Selye en 1925. Il le définit de la manière suivante : “Agression de l’organisme par un agent physique, psychique, émotionnel entraînant un déséquilibre qui doit être compensé par un travail d’adaptation ; agent qui agresse ; tension nerveuse, contrainte de l’organisme face à un choc (événement soudain, traumatisme, sensation forte, bruit, surmenage)”. Concernant le bien-être animal, il n’existe pas de définition universellement reconnue.

Le cheval est un animal naturellement stressé, sa survie dépendant à l’origine de sa capacité à fuir. Son caractère naturellement anxieux démultiplie les sources potentielles de stress, bien que chaque cheval ressente et réagisse différemment au stress. Ce dernier peut être bénéfique pour l’animal, mais il peut aussi avoir des effets néfastes sur sa santé.

Dans cet article, nous présentons les principaux indicateurs permettant la mesure du stress, ainsi que les conséquences physiologiques et comportementales qu’il engendre. Enfin, nous analysons les différentes méthodes de gestion du stress visant à améliorer le bien-être du cheval. 

Indicateurs de stress chez le cheval

L’environnement, le cavalier, la compétition, l’alimentation, l’isolement etc. sont autant d’éléments influençant le niveau du stress d’un cheval.  Analyser le stress est une tâche complexe car il peut avoir des effets cumulatifs, et, en impactant à la fois le mental et la condition physique du cheval, il englobe les aspects psychologiques et physiologiques. 

Le cheval répond au stress par une activation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), causant l’augmentation consécutive des hormones de stress, comme l’adrénaline et le cortisol, couplée généralement à une réaction de fuite ou de combat. 

Voici les principaux indicateurs permettant de mesurer le niveau de stress :

Paramètres comportementaux

Étant confronté à une situation inédite, le cheval stressé agit de manière inhabituelle et souvent agressive : oreilles plaquées en arrière, tête relevée, réactions explosives, etc. 

Deux grands types d’adaptation au stress ont été identifiés chez les chevaux : l’adaptation “proactive“, qui consiste à essayer de trouver activement une solution au problème ; et l’adaptation “réactive“, qui consiste à accepter passivement la situation (Ijichi et al, 2013). Un score de stress comportemental, validé par des données physiologiques et biochimiques, a été créé pour évaluer le niveau de stress chez le cheval en écurie. Il contient uniquement des comportements et une description qualitative relatifs au style d’adaptation proactif (Young et al, 2012).

indicateurs de stress

Ce tableau permet de mettre en relief les principaux changements de comportement remarquables chez les chevaux stressés. Cependant, il est important de souligner que l’absence de réaction ne traduit pas forcément une absence de stress

La température oculaire

Elle augmente lorsque le cheval est confronté à une situation de stress (Valera et al, 2012; McGreevy et al, 2012), souvent accompagnée d’une augmentation du nombre de clignement des yeux (Hale et al, 2011). Tout comme la température des yeux, celle de la surface corporelle (peau) augmente également lorsque le cheval est stressé.

Le taux de cortisol

Plusieurs études ont montré une concordance entre le stress du cheval et son taux de cortisol, stéroïde sécrété par la glande corticosurrénale. Les changements dans la concentration de cortisol sont régulièrement utilisés pour évaluer le stress, ce dernier augmentant dans les situations stressantes. Les graphiques ci-contre montrent l’évolution du taux de cortisol, au cours d’une journée normale, chez un cheval considéré comme sain. Il apparaît nettement que le niveau de cortisol, et donc de stress, diminue au cours de la journée, notamment une fois le travail effectué.

Pour être mesuré, il est nécessaire de faire un prélèvement sanguin ou salivaire à l’instant T, ou dans un délai très court après l’événement stressant. Cette contrainte limite donc l’utilisation de cet indicateur, en plus du temps d’attente nécessaire pour pouvoir analyser les résultats.

taux de cortisol

La fréquence cardiaque et respiratoire

Elles augmentent à mesure que le niveau de stress du cheval augmente. La variabilité du rythme cardiaque, quant à elle, diminue. Les systèmes connectés permettant de monitorer le rythme cardiaque sont des outils précieux pour la détection du stress. Lors d’une séance de travail à intensité stable, une augmentation soudaine et importante de la fréquence cardiaque traduira un évènement stressant. Il sera ensuite possible d’agir en fonction, afin de limiter les conséquences néfastes sur la santé et la performance du cheval.

Pic de fréquence cardiaque stress cheval
equimetre vet

Impacts physiologiques et comportementaux du stress

L’exposition régulière à des situations stressantes peut avoir des effets négatifs à long terme sur la santé du cheval et impacter son système nerveux, qui assure la régulation des fonctions vitales comme la respiration ou encore la circulation sanguine…

Impacts physiologiques

Le système digestif est très impacté par le stress du cheval. L’augmentation de la production d’acide gastrique agresse les muqueuses, provoquant des inflammations importantes, et même des lésions pouvant aller jusqu’à l’ulcère gastrique. Le dérèglement de la fonction digestive peut également causer des douleurs abdominales étant à l’origine de perte de poids importante, de fatigue ou encore de coliques. Le stress peut également provoquer de fortes suées et diarrhées, ayant pour conséquence une déshydratation sévère. Plusieurs cas ont également révélé des troubles de la reproduction causés par le stress.

Impacts physiques

Chez le cheval, le stress peut augmenter considérablement le risque de blessure. Un cheval stressé peut avoir un comportement imprévisible et dangereux, aussi bien pour les personnes qui l’entourent que pour lui-même. Son instinct naturel revenant au galop, il va chercher à fuir, en ayant souvent des réactions déraisonnables. On observe ainsi un plus grand nombre de blessures chez les chevaux stressés, généralement sur les membres ou la tête

Impacts sur la performance 

Dans certains cas, le stress peut être bénéfique pour les performances d’un cheval, augmentant son niveau d’adrénaline, lui permettant d’apporter une attention particulière à son environnement. Cependant il arrive que les situations stressantes puissent affecter instantanément les performances sportives d’un cheval en impactant sa capacité de concentration, mais également en générant des douleurs physiques : raideurs, contractions musculaires…

Impacts comportementaux

Le stress engendre souvent des troubles du comportement. Les tics (à l’air, à l’appui, à l’ours…) font partie des troubles comportementaux les plus répandus chez le cheval. Ils touchent souvent les chevaux inquiets, supportant mal la solitude, l’ennui ou l’enfermement. 

Comment gérer le stress pour améliorer le bien-être du cheval ? 

La mesure et la gestion du stress sont essentielles pour le bien-être et la sécurité du cheval. Plusieurs techniques peuvent être utilisées pour impacter positivement le niveau de stress d’un cheval. 

Alimentation et mode de vie

L’alimentation peut être une source non négligeable de stress chez le cheval, et l’adaptation de ses repas peut aider à l’atténuer. Un accès constant au fourrage et à une diversité de fourrage (Thorne et al, 2005), dans la mesure du possible, peut réduire la frustration et favoriser la production de sérotonine (Alberghina et al, 2010). Les chevaux stressés préfèreront également une heure d’alimentation fixe, avec un signal clair, utilisé pour aucune autre raison (Bassett et Buchanan-Smith, 2007). 

Cumulés à une alimentation adaptée, les compléments alimentaires à base de magnésium, tryptophane, vitamines B, l’homéopathie et/ou la phytothérapie, traitement à base de plantes (mélisse, camomille, aubépine, houblon,…) peuvent être de bons moyens pour réduire le stress.

Enfin, l’augmentation de la fréquence de travail en extérieur et de sortie au paddock peut atténuer le niveau de stress du cheval, tout comme l’aménagement de son milieu de vie afin d’éviter au maximum l’ennui (ballon, jouet, peluche,…).

Techniques de relaxation

Plusieurs techniques de relaxation sont connues pour réduire le stress d’un cheval, comme les massages (McBride et al, 2004), le frottement sur le garrot du cheval (Feh et de Mazieres, 1993 ; Normando et al, 2003 ; Payne et al, 2015), ou tout simplement le pansage. En action préventive, il est aussi possible d’utiliser des phéromones sous forme de gels, à étaler sur les naseaux avant un événement stressant.

Techniques de manipulation

Lorsqu’un cheval stressé est manipulé, il est important d’adapter son comportement pour pouvoir installer un climat de confiance et, idéalement, apaiser l’animal. Synchroniser ses actions avec le langage corporel de l’animal, rendre ses mouvements prévisibles, mettre en place des routines…. Adapter son travail quotidien, aussi bien à pied que monté, peut créer d’importants changements positifs. 

Conclusion

Le stress est un élément inévitable de la vie d’un animal dans un environnement domestique. Bien qu’il ne soit qu’une réponse physiologique normale, il est aujourd’hui retrouvé chez de nombreux chevaux, pouvant être une source de risques sur la santé et la performance du cheval. Pour pouvoir conserver son intégrité physique, il est donc important de le limiter au maximum. Mais il paraît également primordial de pouvoir détecter les épisodes de stress en amont et de les analyser afin de prévenir l’apparition de troubles et/ ou de pathologies

Mots-clés : stress, vétérinaires équins, suivi médico-sportif du cheval, fréquence cardiaque, monitoring

Hovey, M. R., Davis, A., Chen, S., Godwin, P., & Porr, C. S. (2021). Evaluating Stress in Riding Horses: Part One—Behavior Assessment and Serum Cortisol. Journal of Equine Veterinary Science, 96, 103297. https://doi.org/10.1016/j.jevs.2020.10329

Pawluski, J., Jego, P., Henry, S., Bruchet, A., Palme, R., Coste, C., & Hausberger, M. (2017). Low plasma cortisol and fecal cortisol metabolite measures as indicators of compromised welfare in domestic horses (Equus caballus). PLOS ONE, 12(9), e0182257. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0182257

Young, T., Creighton, E., Smith, T., & Hosie, C. (2012). A novel scale of behavioural indicators of stress for use with domestic horses. Applied Animal Behaviour Science, 140(1‑2), 33‑43. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2012.05.008

Nellist, J. (2017). Let’s Talk about Stress: Equines. The Veterinary Nurse, 8(6), 322‑329. https://doi.org/10.12968/vetn.2017.8.6.322