Home 9 Locomotion 9 Outils vétérinaires d’aide au diagnostic : état des lieux

Aujourd’hui, les outils vétérinaires d’aide à la décision sont de plus en plus nombreux sur le marché, et permettent d’obtenir des images nettes, des mesures précises et des données quantifiées. Les premiers outils d’aide au diagnostic vétérinaire sont bien évidemment les techniques d’imagerie, avec l’arrivée de la radiographie il y a plus d’un siècle, mais les innovations récentes ont également bousculé les habitudes. 

Dans cet article, nous allons faire un état des lieux des différents outils à la disposition des vétérinaires pour conforter leur expertise et supporter leur diagnostic.

L’imagerie de “proximité”

Les techniques d’imageries se sont fortement diversifiées depuis la fin des années 70. Elles offrent des informations clés au vétérinaire dans l’exploration des affections locomotrices. 

En plus de permettre un diagnostic plus éclairé, elles ont permis d’apporter une meilleure documentation des lésions et, de veiller à conserver le meilleur rapport information/coût et la meilleure tolérance pour le cheval.

La radiographie digitale 

Lors d’un examen vétérinaire réalisé sur un cheval, la radiographie des os et des articulations est devenue une technique quasi systématique. Il est même juste de dire que c’est aujourd’hui un passage obligé lors des visites d’achat. Son utilisation permet entre autres de révéler des anomalies physiques invisibles à l’œil nu, vérifier l’absence de lésions dégénératives des articulations ou encore déceler des lésions osseuses et prévoir leur évolution.

Apparue il y a plus d’un siècle, cette technique garde tout de même ses limites : une mauvaise différenciation des tissus mous (pour lesquelles elle doit être associée à l’échographie) et une faible sensibilité à certaines lésions osseuses telles que les contusions et les fractures de fatigue à un stade précoce (qui nécessitent la mise en œuvre de la scintigraphie ou de l’IRM) (Denoix et al., 2004).

L’échographie

Depuis les années 90, l’échographie a révolutionné la documentation sur les causes de boiterie chez le cheval. En permettant l’examen des tissus mous, plus particulièrement des tendons et ligaments, elle est naturellement devenue la technique de choix pour le diagnostic des tendinites. Véritable révolution du diagnostic vétérinaire, elle a permis de mettre en lumière un grand nombre d’affections jusqu’alors inconnues, tout en relativisant des concepts radiographiques, notamment dans les boiteries de pied. 

En combinant les sondes, l’échographie offre un avantage supplémentaire : l’évaluation de  toutes les régions corporelles du cheval (y compris par voie endocavitaire : échographie transrectale) à l’exception des espaces couverts par des os (exemple : cavité crânienne) ou de l’air (exemple : médiastin occulté par les poumons). Comme la radiographie, l’échographie est généralement très bien tolérée et non invasive, pouvant s’effectuer avec de petites machines facilement transportables. Le développement des injections échoguidées a par ailleurs révolutionné le traitement des régions axiales et des articulations proximales des membres (Denoix, 2000)..

La thermographie 

Technique utilisant les rayonnements infra-rouges, la thermographie fournit une cartographie des territoires corporels. En raison de sa sensibilité à de nombreux artéfacts (température extérieure, état de la peau et de son revêtement pileux…), elle est plus une technique de documentation du stade évolutif et inflammatoire des lésions qu’une technique diagnostique. Elle est utile dans le suivi de la cicatrisation des lésions tendineuses mais nécessite des conditions parfaitement standardisées de mise en œuvre.

L’imagerie médicale

La scintigraphie 

Dès les années 70, la scintigraphie osseuse permet la localisation de lésions osseuses dans les boiteries d’origine inconnue. Cette technique débute par l’injection intraveineuse d’un produit très faiblement radioactif : le Technecium 99m, lié à un bisphosphonate. Une fois injecté, le produit va se fixer sur l’ensemble du squelette du cheval et surtout sur  les sites squelettiques en construction ou en reconstruction (zones d’inflammation osseuses ou de sollicitations mécaniques augmentées). Ensuite, une gamma-caméra placée au contact des diverses régions anatomiques du cheval, va détecter la radioactivité émise par le cheval.

Outre les zones d’ossification sur la face fertile des cartilages épiphysaires chez le jeune cheval, les points de fixation permettent de détecter des lésions osseuses induites par des contraintes biomécaniques (contusions, fractures de fatigue), du remodelage osseux associé aux arthropathies dégénératives ou plus rarement des foyers septiques et exceptionnellement des tumeurs. En résumé, la scintigraphie permet de dresser un panorama des régions squelettiques potentiellement douloureuses du cheval (Denoix et Audigié, 2004). 

Après une scintigraphie, les chevaux sont placés en isolement dans des boxes pendant plus de 48h, l’élimination du produit radioactif par le cheval mettant en moyenne 60h. À noter que cet outil est peu sensible aux lésions des tissus mous, et ne permet pas la détection  des lésions tendineuses.

Imagerie par Résonance Magnétique – IRM 

Les premières images IRM sur un cheval vivant ont été réalisées en 1997 à l’Université de Washington. C’est quelques années plus tard, en 2002, que l’IRM sur cheval debout se développe. Cette technique d’imagerie est aujourd’hui une référence grâce à ses nombreux avantages : une très bonne représentation anatomique de formations diverses, os et tissus mous, une grande sensibilité à divers processus pathologiques (inflammation, sclérose osseuse, nécrose tissulaire) (Tapprest et al., 2003). Et, la possibilité de réaliser des coupes dans les trois plans de l’espace. Elle est donc particulièrement utile pour la détection précoce de fracture de fatigue chez les chevaux de course ou pour diagnostiquer des inflammations osseuses non visibles en imagerie de proximité chez les chevaux de sport. L’IRM peut être réalisée sur un cheval couché sous anesthésie générale, ou sur un cheval debout.

Le scanner

Le scanner est une technique d’imagerie sectionnelle haute résolution qui repose sur l’utilisation des rayons X. Les premières images ont été réalisées dans les années 80, toujours à l’Université de Washington. Cet outil permet entre autres, l’obtention d’images plus précises qu’avec une radiographie grâce à des coupes millimétriques et offre une possibilité de reconstitution 3D des os et articulations. Lors d’un examen, le scanner peut se  réaliser de différente manière : sous anesthésie générale des régions corporelles volumineuses ou sur cheval debout tranquillisé de la tête, notamment des dents et des sinus.

Les outils connectés 

Ces dernières années, les objets connectés ont pris une place importante dans le secteur du sport, aussi bien pour la gestion de la performance que pour le management de la santé, et s’intègrent progressivement dans la filière équine.

Les capteurs connectés 

Aujourd’hui, les capteurs connectés permettent d’envisager de nouvelles pratiques : la télémédecine vétérinaire. Ces capteurs, synchronisés à une application ou à une plateforme, permettent de suivre et analyser l’entraînement des chevaux sans aucune limite géographique ou temporelle. En collectant de nombreuses données telles que la fréquence cardiaque, la cadence, l’amplitude, le niveau de fitness ou encore la capacité de récupération, ces derniers rendent possible le diagnostic du cheval dans des conditions réelles de travail.

L’ECG embarqué 

L’électrocardiogramme embarqué est un véritable atout dans le diagnostic vétérinaire. Comme les capteurs connectés, il permet de collecter l’ECG d’un cheval, directement à l’effort, même à grande vitesse. Dans une logique d’investigation de la contre-performance, ou de suivi longitudinal, ces outils pourraient révolutionner la médecine équine, et ainsi préserver l’intégrité physique des chevaux athlètes. Un capteur comme EQUIMETRE VET permet de visualiser l’ECG du cheval en live via une application mobile, ce qui permet de détecter des arythmies lors d’un travail sur piste ou encore sur tapis roulant.

 

L’endoscope embarqué 

Le système respiratoire dynamique d’endoscope (DES) est un outil de choix pour la détection et la gestion de certaines maladies des voies respiratoires supérieures. C’est un endoscope portable, qui s’attache directement au cheval pour permettre d’avoir une vision des voies respiratoires pendant le travail. L’avantage : détecter une anomalie dynamique affectant la gorge du cheval – anomalie qui apparaît au cours de l’effort – et donc non observable lorsque le cheval est au repos.

Les outils de quantification de la locomotion 

Les systèmes de quantification de la locomotion permettent d’obtenir des données précises et mesurables, à propos des asymétries locomotrices du cheval. Véritable support des vétérinaires lors d’un examen clinique dynamique, ces appareils permettent de collecter des données invisibles à l’œil nu, avec une précision millimétrée. Un outil comme EQUISYM peut être utilisé de plusieurs manières, autant dans le diagnostic de boiteries complexes que pour effectuer des comparaison avant/après anesthésie diagnostique ou traitement. 

CONCLUSION

Cet article reprend les principaux outils d’aide à la décision vétérinaire. Dans les années à venir, les objets connectés vont devenir de vrais alliés pour l’optimisation de la performance et de la santé équine, autorisant de nouvelles pratiques telles que la télémédecine. 

Il est évident que des sites d’examens dédiés, comme des pistes spécifiques, un tapis roulant à grande vitesse ou encore une piscine peuvent permettre d’aller encore plus loin dans l’interprétation du cas clinique. Les outils d’aide au diagnostic vétérinaire, couplés à des sites d’examens standardisés, vont permettre dans les prochaines années de faire grossir les échantillons de recherche, d’avoir des données standardisées fiables, et donc de réaliser des interprétations plus précises.

SOURCES :

Ifce.fr. (2022). [online] Available at: https://equipedia.ifce.fr/sante-et-bien-etre-animal/maladies/appareil-locomoteur/bilan-radiologique [Accessed 4 Aug. 2022].

www.veterinaire-lecres.com. (n.d.). Nouvelles techniques d’imagerie chez le cheval | CLINIQUE VETERINAIRE DU CRES. [online] Available at: https://www.veterinaire-lecres.com/publication/show.aspx?item=1991 [Accessed 4 Aug. 2022].

‌Ifce.fr. (2022). [online] Available at: https://equipedia.ifce.fr/sante-et-bien-etre-animal/maladies/appareil-locomoteur/techniques-d-imagerie?tx_web2pdf_pi1%5Baction%5D=&tx_web2pdf_pi1%5Bargument%5D=printPage&tx_web2pdf_pi1%5Bcontroller%5D=Pdf&cHash=45c3d68c24470365f8ab25743fd80e36 [Accessed 4 Aug. 2022].

Mots-clés: outils vétérinaires d’aide au diagnostic, diagnostic vétérinaire, activité vétérinaire, pratique vétérinaire, locomotion équine, physiologie équine, EnvA, CIRALE