Home 9 Locomotion 9 Blessure chez le cheval : quelle est l’influence de la discipline pratiquée ?

Les chevaux athlètes sont généralement entraînés pour une discipline bien particulière. Saut d’obstacles, dressage, concours complet ou encore course hippique, chacun de ces sports demande un entraînement spécifique et adapté, sollicitant des structures anatomiques distinctes.

Le même constat peut être fait au sein d’une même discipline : il paraît évident qu’un cheval du haut niveau, courant des compétitions internationales ou des courses de Groupe 1 ne sera pas entraîné de la même manière qu’un cheval consacré au sport dit amateur. 

Il semble donc cohérent de penser qu’un cheval, en fonction de sa discipline de prédilection et de son niveau sportif, aura des prédispositions à un certain type de blessure. Mais aujourd’hui, que dit la science à ce sujet là ?  

Performance sportive : la discipline a-t-elle une incidence sur le type de blessure ? 

Lors de la réalisation de son étude publiée en 2006, Murray examine et interprète tous les dossiers des chevaux envoyés à l’Animal Health Trust entre janvier 1998 et octobre 2003 (Les chevaux n’ayant aucun diagnostic établi ou aucune discipline définie ont été exclus afin d’avoir les données les plus fiables possibles). En plus du diagnostic primaire établi, plusieurs paramètres ont été pris en compte : l’âge, la taille, le poids, la race et le sexe. Les diagnostics ont ensuite été classés en fonction des sites anatomiques, et les chevaux en groupe de discipline, divisés ensuite en deux niveaux de performance : “élite” et “non élite”. 

Au terme de l’étude, les résultats ont confirmé l’hypothèse selon laquelle le type de blessure varie en fonction de la discipline pratiquée. Bien que le type de blessure semble varier en fonction du niveau de performance, cette différence s’est révélée significative uniquement pour le concours complet. Grâce aux résultats obtenus, les interprétations suivantes ont pu être faites : 

 

Le saut d’obstacles 

En saut d’obstacles, le niveau de performance sportive augmente de manière significative le risque de blessure au tendon du fléchisseur digital profond distal et au tendon du fléchisseur digital superficiel des membres antérieurs. Cela pourrait être lié à des changements dégénératifs dû au vieillissement, et causé par les fortes pressions exercées sur les antérieurs lors de la phase de réception – forces de réaction nettement supérieures à celles subies lors de la locomotion au galop.

Pour les chevaux pratiquant le CSO à un plus petit niveau, il existe un risque plus élevé de blessure à l’os naviculaire, ce qui laisse penser que les chevaux de haut niveau n’auraient pas atteint le statut d’élite s’ils étaient prédisposés à ce type de blessure. Les blessures du tarse étaient également relativement fréquentes, pouvant être liées à la compression du tarse nécessaire durant la battue d’appel (Van Den Bogert 1994).

Le dressage

La pratique du dressage présente un risque élevé de lésion du ligament suspenseur du membre postérieur (Dyson 2002 ; Kold et Dyson 2003). Cela pourrait s’expliquer par la manifestation de microtraumatismes répétés, les chevaux étant presque toujours travaillés avec des virages fréquents, sur une surface artificielle et dans un espace restreint.

Les chevaux pratiquant cette discipline à haut niveau ont plus de risque de présenter une compression accrue de l’articulation tarsienne – l’articulation métatarsophalangienne étant en hyperextension (Holmstrom et Drevemo 1997).

Ceux pratiquant le dressage à un niveau moins important ont généralement plus de probabilité d’avoir une blessure au niveau de l’os naviculaire et des ligaments. Cela pourrait être lié à la charge relativement plus importante sur les membres antérieurs imposées aux chevaux “non élite”, qui, contrairement aux chevaux de haut niveau, transfèrent moins le poids sur leurs membres postérieurs.

equisym

Le concours complet

Cette discipline présente un risque très élevé de blessure du tendon fléchisseur digital superficiel, ce dernier étant susceptible de subir des tensions considérables liées à la fois à la phase de réception (Meershoek et al. 2001) et au galop à grande vitesse. Ce phénomène est exacerbé par l’augmentation du poids du cheval, qui accroît l’extension maximale de l’articulation du boulet (Clayton 1997a). Les rapports cliniques citent le pied, les tendons fléchisseurs des membres antérieurs, le ligament suspenseur et la rotule comme étant des sites fréquemment blessés lors de compétition. (Bathe 2003 ; Dyson 2002). 

Quelques années plus tard, en 2017, Nicol Ruas de Soussa publie une étude venant compléter les connaissances sur ce sujet : “Relation between type and local of orthopedic injuries with physical activity in horses”. L’étude se base sur l’évaluation de 116 chevaux – de races et d’âges différents – ayant des antécédents de boiterie diagnostiqués par des radiographies et/ou échographies, entre janvier 2012 et août 2014. Les résultats montrent également une relation directe entre le type d’activité physique et le type de blessures orthopédiques chez les chevaux, et détaille les résultats :

La course hippique

Considérés comme des athlètes de haut niveau, les chevaux de course font l’objet de lésions musculaires fréquentes, dues à la fatigue, (Menarim et al, 2012), tout comme les lésions tendineuses des membres antérieurs (Williams et al, 2001) et les fractures du carpe et du bassin (Dallas, 2013). D’ailleurs, les chevaux de course ont un risque bien plus élevé de fractures que les chevaux de sport. En atteignant des vitesses élevées, ils peuvent subir des dommages osseux mineurs, mais nécessitant un temps de réhabilitation important – au cours de la période de remodelage osseux, il existe un risque temporaire d’ostéoporose en raison de l’activité des ostéoclastes – ce qui conduit à une prédisposition aux blessures (Turley et al, 2014).

Le polo

Les pathologies prévalentes chez les chevaux de polo sont les fractures et les blessures musculaires (Baxter, 2011). Chez ces derniers, les blessures orthopédiques sont rares et généralement liées à la vitesse et à l’impact entre le club et le cheval (Lobato, 2013). Ces collisions et mouvements à grande vitesse sont susceptibles d’endommager l‘articulation huméro-radio-ulnaire – cette articulation étant fortement exposée aux traumatismes pendant le match.

Comment prévenir les blessures chez le cheval athlète ?

De nos jours, de nombreux systèmes permettent de monitorer quotidiennement les chevaux, aussi bien dans le monde des courses hippiques, que dans d’autres disciplines sportives telles que l’endurance, le dressage ou encore le concours complet… 

Prenons l’exemple d’une fracture de fatigue. Plusieurs symptômes visibles peuvent être mis en évidence : baisse de performance, boiterie, membre douloureux, locomotion altérée, bosse chaude au niveau du canon etc. Mais il est aujourd’hui possible de prévenir la fracture, avant même l’apparition physique de ces premiers symptômes, en mettant en place un suivi longitudinal de la locomotion. Un système comme EQUISYM, utilisé régulièrement, permettra de mettre en lumière le moindre changement locomoteur du cheval, et donc de réaliser des examens complémentaires (radiographie, échographie,…) en amont, avant même que la douleur ne s’installe.

D’autres outils connectés, comme EQUIMETRE VET, collectent des données précieuses pour éclairer le diagnostic vétérinaire, telles que l’ECG à l’effort, la fréquence cardiaque, la capacité de récupération, les paramètres locomoteurs au travail etc. Un cheval monitoré régulièrement aura ses propres données de référence enregistrées (fréquence cardiaque maximum, profil locomoteur,..), ce qui permettra d’alerter le propriétaire, l’entraîneur et le vétérinaire lorsqu’un ou plusieurs de ces paramètres se détériorent. 

Ces innovations offrent donc de nouvelles possibilités et perspectives, notamment grâce à la télémédecine vétérinaire, permettant d’effectuer un suivi des chevaux à distance, sans contrainte géographique

equimetre vet

CONCLUSION

Les résultats de ces différentes études indiquent que les chevaux athlètes sont prédisposés à un certain type de blessure, en fonction de leur discipline sportive et de leur niveau de performance. Inversement, le type ou la localisation d’une blessure peut refléter la discipline de l’athlète, et son niveau de compétition (Murray and al, 2006).

Ces conclusions peuvent servir de référence dans le diagnostic des blessures liées à la l’entraînement des chevaux athlètes et à la performance sportive. En couplant ces connaissances à des outils d’aide à la décision vétérinaire, les données collectées permettent de rendre ces interprétations encore plus complètes et précises. Elles pourront servir un véritable intérêt du point de vue de la recherche, permettant à terme de mieux prévenir les blessures, et donc de préserver l’intégrité physique des chevaux, et leur bien-être.

SOURCES :

Sousa, N.R. de, Luna, S.P.L., Pizzigatti, D., Martins, M.T.A., Possebon, F.S., Aguiar, A.C.S., Sousa, N.R. de, Luna, S.P.L., Pizzigatti, D., Martins, M.T.A., Possebon, F.S. and Aguiar, A.C.S. (2017). Relation between type and local of orthopedic injuries with physical activity in horses. Ciência Rural, [online] 47(2). doi:10.1590/0103-8478cr20151218.

Grizendi, B.M., Dória, R.G.S., Passarelli, D., Reginato, G.M., Hayasaka, Y. de B. and Fantinato Neto, P. (2020). Correlation between hematological evaluation and the type of physical activity performed by horses in the state of São Paulo-Brazil. Ciência Animal Brasileira, 21. doi:10.1590/1809-6891v21e-56959.

MURRAY, R.C., DYSON, S.J., TRANQUILLE, C. and ADAMS, V. (2006). Association of type of sport and performance level with anatomical site of orthopaedic injury diagnosis. Equine Veterinary Journal, 38(S36), pp.411–416. doi:10.1111/j.2042-3306.2006.tb05578.x.

Mots-clés: blessure du cheval, diagnostic vétérinaire, saut d’obstacles, dressage, concours complet, course hippiques, polo, locomotion équine, physiologie équine, EnvA, CIRALE

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